Culture du Palmier-dattier des Canaries

Culture du Palmier-dattier des Canaries

Textos: Juan Montesinos, Macarena Murcia Suárez – Fedac, Aider La Gomera Cabildo de Fuerteventura, Yuri Millares, FAO, Gerardo Mesa Noda y Eduardo Franquiz.

Peu d’espèces de plantes cultivées sont si étroitement liées à la vie humaine, les espèces du genre Phoenix le sont et parmi elles, le palmier-dattier des Canaries. Jadis, le palmier, non seulement fournissait une nourriture énergétique qui pouvait être facilement stockée et emportée au cours des longs voyages, mais aussi servait à donner des zones d’ombrage et de protection contre les vents. De plus, une grande variété de produits est obtenue du palmier pour son usage dans la production agricole, comme ustensiles domestiques; pratiquement toutes les parties du palmier ont un usage particulier. Mais, si le palmier a eu un impacte dans la vie domestique, l’influence est réciproque car grâce à un long procédé d’apprentissage et d’expérience, la culture des palmiers a été adaptée au besoin de la communauté.

Donc, l’agriculteur-artisan a appris à organiser la productivité des palmiers pour son propre bénéfice, limitant le nombre de plantes par hectares, sélectionnant le sexe de chaque arbre avant la plantation. Il a commencé à soigner son palmier, l’apprentissage du bénéfice de ses feuilles, racines, fruits, sève, fibres et tronc. Ce procédé a existé pendant des milliers d’années, ce qui a permis son adaptation à divers milieux, même désertiques.

L’origine exacte de la culture du palmier s’est perdue dans l’histoire mais les preuves de la culture de palmiers remontent à 4 000 ans avant JC, à l’endroit où se situe aujourd’hui le sud de l’Iraq. Pourtant, des références du palmier ont aussi été trouvées dans l’ancienne Egypte. Il pourrait y avoir une coïncidence entre la première forme de culture de palmiers et les civilisations les plus anciennes apparues au nord – est de l’Afrique, s’étendant au nord-est dans le delta de Eufrates et du Tigris. A partir de là, la culture du palmier s’est étendue délibérément ou accidentellement.

mapa_graLa culture du palmier, du fait d’évènements historiques, s’est étendue en deux courants ; un premier courant qui depuis la Mésopotamie se répand vers l’orient où il existe des manifestations anciennes de la culture du palmier en Indes, au Pakistan et dans toute la péninsule arabique et un second courant qui s’étend du le nord de l’Afrique en arrivant même à l’océan Atlantique à travers le Sahara et aussi vers le nord de l’Afrique.

Le Palmier des Canaries (Phoenix Canariensis) est un endémisme végétal qui a été utilisé fréquemment par les anciens canariens. D’après les chroniques, les aborigènes employaient la plante comme fibre végétale pour l’élaboration de multiples objets variés; cordes, filets, voiles, embarcations, etc.

On suppose que l’usage du palmier était commun à toutes les îles de l’archipel comme le décrit Pedro Agustin del Castillo dans son recueil sur la Grande Canarie (1737): “Ils coupaient les palmiers au niveau du toupet et effectuaient les coupes afin d’obtenir la sève qui coulaient dans des outres en peau de chèvre, ils en récupéraient beaucoup, cet arbre donne avec abondance jusqu’à épuisement, et de cette récolte ils faisaient du vin, du vinaigre, du miel et du sucre”. C’est grâce à la quantité de palmiers et à d’autres raisons socio-économiques et historiques, que cet usage, modifié et évolué perdurera jusqu’à aujourd’hui, à la Gomera. Ainsi, dans les textes historiques nous trouvons de nombreuses références de l’importance du palmier pour les anciens gomeros, nous avons sélectionné les deux témoignages suivants en relation avec les usages traditionnels du palmier:

usos20_graLes autres palmeraies de Chipude sont très étendues puisqu’elles se répandent jusque dans le sud, presque jusqu’à la vallée de Santiago. (…) On obtient beaucoup de ces palmiers car en leur faisant une coupe sur le tronc, coule une sorte de liqueur, qui s’utilise comme vin, très agréable et bon à déguster. Il existe des tavernes qui le vendent. Pour mieux exploiter le palmier, on place un tube depuis la coupe jusqu’au récipient à remplir. Il ne reste qu’à le boire. (Gaspar Frutuoso, 1590).

Des palmiers, qui comme nous avons dit se cultivent abondemment dans toute l’île et surtout à Venchigigua, on extrait un liquide à l’aide d’un drain qui se fait à la base du toupet du palmier, le traitant ainsi tous les jours avant la tombée de la nuit, en 24h on en prend deux fois, de 18 à 20 pintes du dit liquide, le meilleur rafraichissant connu surtout si on le boit au pied du palmier. Du liquide indiqué, on fait un miel très frais et pectoral qui se vend de 14 à 16 cuartos la pinte; à part cela, se vend aussi le guarapo à 2 cuartos ; pour faire le miel, le liquide doit bouillir jusqu’à se réduire à un cinquième sans autres ingrédients que le savoir-faire.

usos19_graSelon le peuple, les ancêtres avant la conquête utilisait en vain ce liquide mais aucun nous dit comment le conserver. Au contraire, nous savons que quand les palmes sont constamment ouvertes, c’est que le palmier est en train de donner du liquide avec plus ou moins de force pendant au moins deux mois, plus il fait chaud, mieux c’est. J’ai essayé sa conservation en bouteille et n’ai pas pu le conserver tellement était forte sa fermentation, on essaya dans un petit tonneau et à l’ouverture, après 4 mois, le guarapo donna lieu à un breuvage fétide qu’on ne pouvait avaler. Le secret des ancêtres n’est pas encore connu. (Juan de Castro Ahita, 1856).